Champignon du mois – Mai 2022

Mai 2022


Microsporum audouinii

REGNE : Fungi
PHYLUM : Ascomycètes
CLASSE : Eurotiomycètes
ORDRE : Onygénales
FAMILLE : Arthrodermataceae

Comme les autres dermatophytes, Microsporum audouinii est responsable d’infections superficielles impliquant la peau et les phanères. Les dermatophytes sont en effet des champignons kératinolytiques, c’est-à-dire capables de dégrader la kératine de la peau et des phanères via la production de sulfites, qui dissocient les ponts disulfure et facilitent la dégradation ultérieure de la protéine par les nombreuses protéases produites par ces champignons, notamment des subtilisines et des métalloprotéases.

Historiquement, trois genres étaient décrits parmi ces champignons, Epidermophyton, Microsporum et Trichophyton, mais plusieurs espèces classées dans le genre Microsporum ont été récemment assignées à d’autres genres, Nannizzia ou Paraphyton. Seules trois espèces demeurent aujourd’hui dans le genre Microsporum : Microsporum canis qui est zoophile (transmis par contact avec des animaux, principalement le chat) et cosmopolite, et deux espèces anthropophiles (à transmission inter-humaine), Microsporum ferrugineum qui est relativement rare, et Microsporum audouinii qui est plus largement répandu. Ce dernier avait quasiment disparu en Europe, mais restait très répandu en Afrique intertropicale. Néanmoins, au cours des deux dernières décennies, la proportion de dermatophytoses dues à M. audouinii a sensiblement augmenté en Europe, en lien avec les migrations de populations, et ce champignon est devenu, dans certains pays, la première espèce impliquée, en termes de fréquence, dans les teignes du cuir chevelu. Ainsi, dans une publication récente du Centre National de Référence en Belgique, M. audouinii était le principal agent de teigne du cuir chevelu sur la période 2012-2016 avec une fréquence de 52,5%, les autres agents de teignes du cuir chevelu d’origine africaine, T. soudanense et T. violaceum étant retrouvés avec des prévalences respectives de 11,6% et 11,5% seulement.

Sur un plan clinique, M. audouinii peut engendrer des lésions de la peau glabre (épidermophyties circinées), mais il est surtout à l’origine de teignes du cuir chevelu. Les teignes dues à M. audouinii, qu’on rencontre principalement chez les enfants, ne sont pas inflammatoires ; il s’agit de teignes tondantes à grandes plaques d’alopécie. Le prélèvement doit être précédé d’un examen sous lampe de Wood (les teignes dues à M. audouinii émettent une fluorescence verte sous lumière ultra-violette) et doit faire l’objet d’un examen microscopique direct à la recherche de fragments de cheveux cassés, qui montrent un parasitisme pilaire endo-ectothrix, de type microsporique, avec des filaments mycéliens intrapilaires et une gaine de petites spores rondes autour du cheveu parasité.

Microsporum audouinii présente une croissance modérément rapide : les colonies atteignent leur maturité en 8 à 10 jours sur gélose de Sabouraud additionnée ou non de cycloheximide, comme sur gélose de Borelli qui stimule la sporulation (et pour certains dermatophytes, la production de pigments) ou sur gélose à l’extrait de malt. Les colonies sont initialement blanches, planes et veloutées, mais deviennent blanc-grisâtre et duveteuses en vieillissant (Figure 1). Un pigment beige à saumon peut parfois se voir au verso de la colonie.

A l’examen microscopique, M. audouini présente des filaments végétatifs hyalins, de diamètre fin et régulier, et cloisonnés. Habituellement aucune sporulation n’est observée sur gélose de Sabouraud, et seule la présence de quelques chlamydospores, terminales ou intercalaires, permet de poser le diagnostic (Figure 2). Certaines souches, moins typiques, produisent néanmoins des spores. Deux types de spores peuvent se voir : des spores pluricellulaires à cloisons transversales appelées macroconidies, et des spores unicellulaires appelées microconidies. Comme pour les autres espèces du genre Microsporum, les macroconidies présentent une paroi échinulée ; elles peuvent évoquer celles de Microsporum canis, avec leur paroi épaisse (> 1 µm), mais elles sont généralement plus longues (7-30 x 35-160 µm), moins rugueuses, et sont souvent déformées avec un aspect en bissac caractéristique (Figures 3 et 4). Les microconidies sont piriformes, et mesurent de 3 à 4 µm de long et 2 à 3 µm de large. Enfin, des organes pectinés ou nodulaires sont parfois présents (Figure 4). Au besoin, le diagnostic peut être confirmé par spectrométrie de masse de type MALDI-TOF, ou par séquençage des régions ITS (internal transcribed spacer) 1 et 2 des ADN ribosomaux.

Le traitement des teignes du cuir chevelu reposait classiquement sur l’administration de griséofulvine (métabolite secondaire à activité antifongique produit par Penicillium griseofulvum). Néanmoins, cet antifongique n’est plus commercialisé aujourd’hui, et les recommandations actuelles reposent sur l’utilisation de terbinafine. Cependant, compte tenu de la faible sensibilité des Microsporum à la terbinafine, il est recommandé d’opter pour l’itraconazole en cas de parasitisme pilaire de type microsporique, ou devant l’identification d’un Microsporum à partir des cultures. Par ailleurs, compte tenu de la contagiosité, il est conseillé d’examiner l’ensemble de la famille et d’effectuer des prélèvements à visée mycologique même en l’absence de lésions apparentes, des cas de portage asymptomatique ayant été rapportés.

1 : Colonie de Microsporum audouinii sur gélose de Sabouraud additionnée de cycloheximide.
2 : Examen microscopique (x 400) d’une colonie de Microsporum audouinii montrant une chlamydospore terminale.
3 : Examen microscopique (x 400) d’une colonie de Microsporum audouinii. Les filaments mycéliens septés et hyalins se dissocient parfois en arthrospores. De nombreuses microconidies piriformes sont visibles, ainsi que des macroconidies à paroi plus ou moins rugueuse dont une présente un aspect caractéristique en bissac.
4 : Observation microscopique (x 400) d’une colonie de Microsporum audouinii montrant plusieurs macroconidies dont une en bissac, des microconidies piriformes et un organe pectiné (encadré en rouge).

Pour plus d’informations, consulter :

  1. Brasch J, Hügel R, Lipowsky F, Gräser Y. Tinea corporis caused by an unusual strain of Microsporum audouinii that perforates hair in vitro. Mycoses 2010;53:360-362.
  2. Brito-Santos F, Figueiredo-Carvalho MHG, Coelho RA, Sales A, Almeida-Paes R. Tinea capitis by Microsporum audouinii: Case reports and review of published global literature 2000–2016. Mycopathologia 2017;182:1053-1060.
  3. Chabasse D, Guiguen C. Dermatophytes : difficultés d’interprétation et pièges du diagnostic mycologique. Rev Fr Lab, 2019;510:26-35.
  4. de Hoog GS, Dukik K, Monod M, Packeu A, Stubbe D, Hendrickx M, Kupsch C, Stielow JB, Freeke J, Göker M, Rezaei-Matehkolaei A, Mirhendi H, Gräser Y. Toward a novel multilocus phylogenetic taxonomy for the dermatophytes. Mycopathologia. 2017;182:5-31.
  5. Del Boz J, Crespo V, de Troya M. Pediatric Tinea faciei in Southern Spain: A 30-year survey. Pediatr Dermatol, 2012;29:249-253.
  6. Donghi D, Hauser V, Bosshard PP. Microsporum audouinii Tinea capitis in a Swiss school: assessment and management of patients and asymptomatic carriers. Med Mycol, 2011;49:324–328.
  7. Sacheli R, Cuypers L, Seidel L, Darfouf R, Adjetey C, Lagrou K, Hayette MP. Epidemiology of dermatophytes in Belgium: A 5 Years’ Survey. Mycopathologia. 2021;186:399-409.

Soufiane Nader et Guillaume Désoubeaux
(Laboratoire de Parasitologie-Mycologie, CHU de Tours)

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