Champignon du mois – Mars 2020

Mars 2020


Malassezia pachydermatis

REGNE : Fungi
PHYLUM : Dikarya, Basidiomycotina, Ustilagomycotina
CLASSE : Malasseziomycètes (proposée par Wang et al. 2014)
ORDRE : Malasseziales

Les levures du genre Malassezia présentent des caractéristiques biologiques, physiologiques et ultrastructurales qui permettent de les distinguer facilement des autres basidiomycètes. Ces levures vivent à la surface de la peau des animaux vertébrés homéothermes où elles trouvent les acides gras dont elles sont devenues dépendantes (d’où la dénomination de levures lipophiles). Des études récentes ont clairement montré que certaines voies métaboliques permettant la synthèse de novo de lipides ne sont pas fonctionnelles chez les levures Malassezia alors que l’équipement enzymatique permettant de dégrader des lipides cutanés est particulièrement diversifié. Ces levures se comportent habituellement comme des organismes commensaux. Un processus pathologique conduisant à une dermatite à Malassezia est possible lorsque l’écosystème cutané est perturbé (les levures prolifèrent et expriment un réel pouvoir pathogène) ou lorsque l’hôte développe une hypersensibilité aux levures.

Malassezia pachydermatis est l’une des 18 espèces du genre Malassezia. Elle fait partie du microbiote cutané des carnivores (plus particulièrement du Chien) mais peut aussi être retrouvée sur la peau de nombreux animaux ainsi que chez l’Homme (avec un portage sans doute transitoire). L’épithète spécifique, un peu surprenante pour une levure habituellement présente chez le Chien !), a été choisie il y a plus d’un siècle pour faire référence à son isolement initial à partir de lésions cutanées chez un rhinocéros du zoo de Philadelphie (Weidman 1915).

La levure M. pachydermatis est très fréquemment mise en évidence lors d’otite érythémato-cérumineuse chez les carnivores domestiques. De multiples études ont montré que la levure pouvait également être associée à des lésions cutanées sur le corps et la « dermatite à Malassezia » est maintenant reconnue comme une entité fréquente en dermatologie canine. Il s’agit en particulier d’une complication banale de la dermatite atopique. Les lésions sont fréquemment observées sur la peau péri-oculaire et péri-orale, la face ventrale du cou, les plis cutanés (axillaires, inguinaux, interdigités, unguéaux). Les signes cliniques incluent un érythème, un prurit modéré à sévère, une alopécie, un exsudat gras et un squamosis. Dans les formes généralisées, la peau présente une odeur rance. Une hyperpigmentation cutanée et une lichénification sont observées dans les formes chroniques.

Aspect microscopique de Malassezia pachydermatis : en microscopie photonique (à gauche) et en microscopie électronique à balayage (à droite).
On distingue clairement le bourgeonnement unipolaire sur une base large ainsi que le bourrelet pariétal formé par la succession de bourgeons (flèche).
Aspect des lésions de dermatite à Malassezia chez des chiens.

Bien que M. pachydermatis ne fasse pas partie de la flore cutanée habituelle de l’Homme, des cas de septicémie due à M. pachydermatis ont été décrits chez des enfants prématurés (et bénéficiant d’une alimentation parentérale riche en lipides) en milieu hospitalier. Un lien avec la contamination des mains du personnel soignant possédant un chien a pu être établi en comparant le profil génétique des isolats provenant des enfants et des chiens.

Sur un plan mycologique, M. pachydermatis se développe classiquement sous la forme de colonies levuriformes de couleur beige à maturité. Contrairement aux autres espèces du genre Malassezia, dites lipodépendantes, M. pachydermatis peut être isolée sur le milieu de Sabouraud (avec cycloheximide) sans qu’il soit nécessaire d’apporter une supplémentation lipidique. Microscopiquement on observe des levures de forme ovale avec un bourgeonnement unipolaire sur une base large. Leur taille est comprise entre 1,5 et 6,0 µm en largeur et 3,5 et 8,0 µm en longueur.

La disponibilité récente de la séquence du génome des principales espèces du genre Malassezia (dont M. pachydermatis en 2015) a permis de mieux comprendre comment ces organismes se sont adaptés à l’écosystème cutané. L’identification de nouvelles cibles thérapeutiques est également envisageable à partir de l’analyse du génome.

Pour plus d’informations, consulter :
Guillot J, Bond R. Med Mycol. Malassezia pachydermatis: a review. 1999 Oct;37(5):295-306.
Bond R et al. Biology, diagnosis and treatment of Malassezia dermatitis in dogs and cats Clinical Consensus Guidelines of the World Association for Veterinary Dermatology. Vet Dermatol. 2020 Feb;31(1):28-74
Jacques Guillot, Ecole nationale vétérinaire d’Alfort (EA Dynamyc), Maisons-Alfort, Créteil

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